La dépression : comprendre ce trouble complexe qui fait perdre goût à la vie

Perdre le sourire. Se sentir vide, ralenti-e. N’avoir plus envie de rien. Parfois, seulement l’envie que tout s’arrête. La dépression ne se résume pas à une grande tristesse : c’est un effacement progressif de la couleur du monde, une fatigue de l’âme.

Ce trouble, aussi fréquent qu’injustement banalisé, touche des millions de personnes, sans distinction d’âge, de genre ou de contexte. Dans cet article, je vous propose d’explorer ce qu’est réellement la dépression, au-delà des clichés, à la lumière des connaissances actuelles.

La dépression est l’une des maladies mentales les plus fréquentes à travers le monde, touchant des personnes de tout âge et de toute origine. Personne n’est véritablement à l’abri. Avoir traversé des expériences de maltraitance, des traumatismes, des événements stressants ou des pertes augmente la probabilité de développer un trouble dépressif, mais il arrive aussi que la dépression surgisse sans cause apparente.

Quelques chiffres sur la dépression

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), environ 4 % de la population mondiale souffre de dépression, dont 6 % des adultes (5 % des hommes et 7 % des femmes), ainsi que 6 % des personnes âgées de 70 ans et plus.
Les données du Global Burden of Disease (2021) estiment qu’à l’échelle mondiale, près de 332 millions de personnes vivent avec un trouble dépressif. Le suicide en constitue souvent l’issue la plus tragique : il est la troisième cause de décès chez les 15–29 ans.
L’OMS estime que 727 000 personnes se sont suicidées en 2021, et la dépression touche environ 1,5 fois plus de femmes que d’hommes.

La dépression : c’est quoi ?

Il est essentiel de distinguer la déprime passagère du trouble dépressif. La première relève d’un état temporaire, souvent lié à un événement ou à une période de fatigue morale. Le second est un véritable trouble de l’humeur, marqué par une perte durable de plaisir et d’intérêt pour les activités qui autrefois procuraient du bien-être. Ce n’est pas simplement être triste : c’est ne plus parvenir à ressentir quoi que ce soit.

Un épisode dépressif peut être léger, modéré ou sévère, selon la gravité des symptômes et l’impact sur la vie quotidienne. On parle de trouble dépressif à épisode unique lorsqu’il s’agit du premier et seul épisode, ou de trouble dépressif récurrent lorsqu’il revient par cycles.

Un épisode dépressif caractérisé se définit par un état d’humeur dépressive persistant pendant au moins deux semaines, accompagné d’une perte d’énergie, d’une anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir), et souvent d’une profonde altération de la perception de soi. Les pensées se ralentissent, le corps aussi. Les gestes deviennent lourds, la concentration se dissout.

S’y ajoutent des symptômes cognitifs (difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions), ainsi que des troubles physiologiques (perturbation du sommeil, perte d’appétit ou d’énergie, difficultés à accomplir les activités les plus simples).

La dysthymie : le trouble dépressif persistant

La dysthymie, ou trouble dépressif persistant, se manifeste par un état dépressif chronique, durant au moins deux ans, avec des périodes de rémission n’excédant pas deux mois.
Les symptômes y sont généralement moins intenses que dans un épisode dépressif caractérisé, mais leur persistance dans le temps la rend souvent plus handicapante.
Les risques de rechute sont élevés, et la dysthymie s’accompagne fréquemment d’autres troubles (comorbidités). Elle est souvent moins sensible aux traitements classiques et peut s’infiltrer insidieusement dans la personnalité même de celui ou celle qui en souffre.

La tristesse ou le vide ?

On a longtemps associé la dépression à une intensification des émotions négatives. Pourtant, plusieurs travaux récents invitent à la considérer autrement : non pas comme une montée de la tristesse, mais comme une diminution des émotions positives.
Ce n’est pas tant la douleur qui envahit, que l’absence de toute sensation. Comme si on se déconnectait du monde.

Le deuil complexe persistant

Le deuil complexe persistant diffère du deuil « normal » par sa durée et son intensité. Alors que le deuil classique s’atténue généralement entre six et douze mois après la perte, le deuil complexe reste figé : la personne demeure psychiquement attachée à ce qui a été perdu.
Certaines approches thérapeutiques s’inspirent du traitement du trouble de stress post-traumatique, en permettant de revivre l’événement dans un cadre sécurisé, afin de le métaboliser.

Dépression et troubles bipolaires : quelles différences ?

La dépression dont nous parlons ici est dite unipolaire, à la différence des troubles bipolaires, où l’humeur alterne entre des phases dépressives et des phases dites « maniaques ».
Dans ces épisodes maniaques, la personne ressent une joie intense et disproportionnée, une hyperactivité marquée, un besoin de sommeil réduit, et une accélération de la pensée — un “envol des idées”.
Le trouble cyclothymique, décrit dans le DSM-V, se situe à un niveau plus léger : il combine des symptômes d’hypomanie et de mini-dépression sur une durée d’au moins deux ans.

Les différents types de dépression

Sans entrer dans les classifications exhaustives, on distingue plusieurs formes :

  • dépression avec caractéristiques mixtes (présence de symptômes maniaques légers),
  • dépression mélancolique (forme sévère),
  • dépression avec catatonie (ralentissement extrême du mouvement),
  • dépression atypique,
  • dépression liée à la maternité (pré ou post-partum),
  • et dépression à caractère saisonnier, souvent liée à la diminution de la lumière naturelle.

La dépression post-partum

Dans le monde, plus de 10 % des femmes enceintes ou ayant accouché présentent des symptômes dépressifs (Woody et al., 2017).
Certaines études longitudinales (Ramchandi et al., 2005) montrent qu’environ 4 % des femmes connaissent une aggravation marquée de leurs symptômes dans les semaines suivant la naissance.
Cette période, marquée par des bouleversements hormonaux, psychiques et identitaires, peut être une zone de grande vulnérabilité émotionnelle.

Les enfants peuvent-ils souffrir de dépression ?

Oui. Même si la dépression infantile se manifeste différemment selon l’âge, les enfants peuvent souffrir de dépression.
Les estimations de prévalence varient, mais les recherches (Brent & Birmaher, 2009; Garber et al., 2009; Kessler et al., 2012; Rohde et al., 2013; Rudolph, 2009) montrent que les troubles dépressifs sont rares avant la puberté, puis augmentent fortement à l’adolescence.
Chez les plus jeunes, les symptômes peuvent être plus comportementaux (irritabilité, lenteur des mouvements, manque de réactivité), alors que chez l’adolescent, ils ressemblent davantage à ceux de l’adulte.

Les enfants de mères dépressives présentent parfois des signes précoces de retrait émotionnel et de lenteur psychomotrice (Garber et al., 2009).
La dépression chez l’enfant est souvent confondue avec d’autres troubles, comme le TDAH ou les troubles des conduites, d’où l’importance d’un diagnostic différentiel précis.

Les personnes âgées

Chez les personnes âgées, la prévalence du trouble dépressif caractérisé est environ deux fois plus faible que dans la population générale (Blazer & Hybels, 2009; Fiske, Wetherell & Gatz, 2009).
Cependant, les symptômes dépressifs plus légers y sont très fréquents, souvent en lien avec des maladies chroniques, des douleurs physiques, ou la perte progressive d’autonomie (Beekman et al., 2002; Roberts et al., 1997).
La dépression du sujet âgé est parfois silencieuse, masquée derrière des plaintes somatiques ou une grande fatigue.

En conclusion

La dépression n’est pas un simple passage à vide. C’est une pathologie complexe, qui altère la perception du monde et de soi-même. Elle ne se résume pas à un manque de volonté, ni à une faiblesse.
Dans ma pratique, je rappelle souvent qu’elle touche des personnes sensibles et lucides !

Comprendre la dépression, c’est déjà lui redonner un peu de sens. Et peut-être, à ceux qui la traversent, une première lumière vers la sortie.

Dans un second article, nous explorerons les causes potentielles qui peuvent favoriser l’émergence d’un trouble dépressif. Un article sera également consacré aux pistes de traitement.

Sources 

Barlow, D. H., Durand, V. M., & Gottschalk, M. (2016). Psychopathologie : Une approche intégrative. De Boeck Supérieur.

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Hankin, B. L., & Abramson, L. Y. (2001). Development of gender differences in depression: An elaborated cognitive vulnerability-transactional stress theory. Psychological Bulletin, 127, 773–796.

Licinio, J., Wong, ML. Advances in depression research: second special issue, 2020, with highlights on biological mechanisms, clinical features, co-morbidity, genetics, imaging, and treatment. Mol Psychiatry 25, 1356–1360 (2020). https://doi.org/10.1038/s41380-020-0798-1

Möller, H. J., & Falkai, P. (2023). Is the serotonin hypothesis/theory of depression still relevant? Methodological reflections motivated by a recently published umbrella review. European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 273(1), 1–3.

World Health Organization. (2021). Global Burden of Disease (GBD) [online database]. Seattle: Institute for Health Metrics and Evaluation; 2024.
https://vizhub.healthdata.org/gbd-results/ (consulté le 13 août 2025).

Woody, C. A., Ferrari, A. J., Siskind, D. J., Whiteford, H. A., & Harris, M. G. (2017). A systematic review and meta-regression of the prevalence and incidence of perinatal depression. Journal of Affective Disorders, 219, 86–92.